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Le métier de chef de presse décrypté par Philippe Tournon

Le métier de Chef de presse est essentiel dans la gestion des médias pour les équipes et les clubs sportifs de haut niveau. Découvrez Philippe Tournon, pionnier de la profession.

Philippe Tournon, légende du sport business français

Légende du sport business Français, Philippe Tournon nous a fait l’honneur d’être présent sur notre campus parisien en tant que membre du jury du projet d’études de  nos 1ères années de Bachelor Sport Business. Il a évalué les recommandations événementielles de nos étudiants pour l’association Black Stars International dans le cadre des derniers Business Games aux côtés d’Eric Fabre (président de l’association).

Médaillé du mérite et de la légion d’honneur, Philippe Tournon a accompagné en tant que chef de presse l’équipe de France de Football durant 337 matchs entre 1983 et 2018. Sur cette période, il a gagné deux coupes du monde et deux coupes d’Europe aux côtés des Bleus. Il nous explique en quoi consistait son métier et les évolutions à venir dans la gestion des médias sportifs. 

Pascal Aguillou (Responsable National de l’ISG Sport Business Management) et Philippe Tournon (Ancien chef de presse de l’équipe de France de Football)

L’entretien de Philippe Tournon, ancien chef de presse de l’équipe de France de football

Bonjour Philippe, présentez-vous en quelques mots.

Je suis Philippe Tournon, je suis ancien journaliste chez L’Equipe de 1966 à 1982, directeur des services de presse de la fédération française de football de 1983 à 2006 et Chef de presse de l’équipe de France de Football pendant 30 saisons et 337 matchs.  

En quoi consistait votre mission en tant que chef de presse de l’équipe de France ? 

J’organisais les rencontres et les interviews entre les journalistes, les joueurs professionnels et le sélectionneur. Le rôle du sportif est à la fois la pratique à haut niveau mais également d’être le catalyseur de la visibilité et de la communication auprès du grand public. C’est une notion essentielle dans la profession.  Là où les joueurs ont le “savoir-faire”, les journalistes eux, ont le “faire-savoir”. La relation avec les médias n’est pas toujours simple. Il est donc très important que ces deux protagonistes puissent cohabiter de manière pérenne en se rencontrant, en échangeant et en développant des intérêts communs. 

Selon vous, quelles sont les principales qualités requises pour faire ce métier ? 

Résister aux pressions et aux sollicitations de toutes sortes, avoir un sens aigu de la justice et ne pas privilégier un camp par rapport à l’autre (d’un côté l’équipe de France et de l’autre les journalistes). 

Quel aspect de ce métier est t-il le moins connu du grand public ? 

Le public s’identifiant aux médias veut toujours en savoir plus et tout connaître.De plus, le développement des chaînes d’information en continu et la multiplication des réseaux sociaux donnent l’illusion au grand public que le joueur doit tout diffuser et communiquer sur ce qui se passe au sein de l’équipe ou dans sa vie privée.

Néanmoins l’équipe ou le club a besoin de sa “bulle” afin de se préparer pour les compétitions à venir et travailler sereinement. Ils ont besoin d’être dans un environnement où ils peuvent rester concentrés, en dehors de toutes contrariétés et pressions extérieures. Mon rôle consistait donc à faire comprendre cette dimension essentielle aussi bien aux représentants des médias qu’au grand public.

Quelles sont vos prédictions pour l’avenir de cette profession ? Et comment protéger les joueurs dans un environnement médiatique où l’information circule de plus en plus vite ?

Depuis le début de mon parcours avec l’équipe de France en 1983 jusqu’au moment où j’ai pris ma retraite en 2018, mon métier a vécu de véritables révolutions, notamment avec l’arrivée des réseaux sociaux. Je pense qu’un jour il est possible que les conférences de presse et les chefs de presse deviennent obsolètes ou qu’ils changent de forme. Demain, chaque joueur professionnel arrivera en équipe de France avec sa propre équipe de communication et gérera sa promotion et sa communication de manière autonome.

On ne sait pas où va s’arrêter cette course à l’information. Il faut donc être très vigilant et surtout ne pas perdre de vue l’essentiel. Tout ce qui tourne autour du football, c’est à dire les réseaux sociaux, le marketing, la communication, le merchandising et l’hospitality doit se mettre au service d’un projet sportif. L’important, comme disait Aimé Jacquet, c’est le rectangle vert. Tout doit concourir à mettre les acteurs qui vont évoluer sur le terrain dans les meilleures conditions, car la performance et le bien-être des joueurs est essentiel. 

Récemment, Kylian Mbappé a refusé de faire la promotion de certains sponsors de l’équipe de France. Sommes-nous à la fin de la cession collective du droit à l’image telle que nous la connaissons aujourd’hui ? 

C’est une bonne question ! Pour en avoir déjà parlé avec les proches de Kylian, je sais qu’il était préoccupé par la question des sponsors il y a déjà plus de 3 ans. Malheureusement, le rapprochement n’a pas été fait entre la fédération et les joueurs. Ce qui est bien avec la cession collective du droit à l’image c’est qu’elle permet le partage égal des revenus de la publicité pour tous les joueurs de l’effectif, autant pour Kylian Mbappé que pour le 3ème gardien. C’est donc un socle qu’il faut garder !

En revanche, que le joueur ait un droit de regard sur le contenu des publicités, sur la teneur des marques pour lesquelles on veut le filmer semble légitime. Une évolution est donc nécessaire sur ce sujet, pour plus de transparence et pour répondre aux problématiques éthiques de chaque joueur. 

Quel conseil donneriez-vous à des jeunes qui souhaitent faire leur carrière dans le sport business ? 

Respecte le sport et ceux qui partagent cette même passion. Mets ton talent au service du sport. Reviens toujours à l’essentiel : ce qui se passe sur le terrain. 

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