Pour lancer la saison 2 du podcast EXTRA TIME, nous recevons Jérôme Parmentier. Vice-président en charge des droits médias et des partenariats au Comité International Olympique (CIO), il est aussi originaire du Nord de la France. Et bien sûr, il est fan du LOSC, « son équipe de cœur ». Jérôme Parmentier est l’exemple d’une carrière internationale bien remplie dans le sport business.
De la passion à sa carrière qui mène aux JO
Dans cet épisode, Jérôme Parmentier, 8 Marathons à son actif, revient sur ses premiers souvenirs de sport; Il partage également son parcours scolaire et ses premières expériences professionnelles. L’occasion de partager quelques anecdotes toutes aussi savoureuses qu’inspirantes.
« Très tôt, je me demandais pourquoi il y avait des panneaux publicitaires autour d’un terrain, pourquoi des sportifs étaient dans des publicités… Ca me questionnait ! Le business du sport m’intriguait ! »
Pendant ses études, Jérôme a notamment réalisé une thèse sur « l’internalisation de la gestion des droits marketing par les fédérations internationales ». Un travail qui lui a permis de pouvoir entrer en contact et réseauter avec des professionnels du secteur.
Une carrière internationale : l’importance de la vie « à côté » du métier
Après avoir découvert l’évènementiel d’entreprises au sein d’une société lilloise (Vivacom Events), Jérôme traverse la Manche pour rejoindre Londres et les bureaux d’Eurosport. Il y découvre le milieu de la publicité.
Tout au long de ce podcast, il revient sur l’importance de la vie personnelle :
« On parle de carrière internationale mais il y a une vie à côté de ce travail. Aujourd’hui, quand je recrute des personnes qui viennent de l’étranger, je suis très attentif à ce qui vient avec le professionnel. C’est assez facile de voir si le candidat est bon pour le job mais est-ce que ca va fonctionner pour le reste ? Est-ce que la vie va fonctionner dans son ensemble avec un nouveau pays, des enfants… Il faut aussi se préparer à vivre ailleurs. Il y a toute la logistique d’une vie à recréer en tant qu’étranger dans un pays. Ca fait partie d’une carrière internationale »
« Les carrières sont trop longues pour faire quelque chose qui ne nous passionne pas ! Surtout que l’on va vivre et travailler de plus en plus longtemps ! Il faut absolument avoir cette flamme d’excitation quand on parle de son boulot »
Au cours de notre échange, Jérôme Parmentier a souligné à plusieurs reprises son intérêt grandissant pour ce métier passion.
« Les carrières sont trop longues pour faire quelque chose qui ne nous passionne pas ! Surtout que l’on va vivre et travailler de plus en plus longtemps ! Il faut absolument avoir cette flamme d’excitation quand on parle de son boulot » […] Je dis souvent à mes enfants que j’ai un hobby payé en poussant le trait… Mais je pense qu’il faut vraiment identifier ce qui nous transcende et passionne dans la vie et dans un métier. Si on s’ennuie dans son travail, et qu’on doit travailler jusqu’à 70 ans… c’est long ! Alors que si on s’amuse, ca passe plus vite, c’est comme lorsqu’on fait du sport, on ne voit pas le temps passer.
J’encourage vraiment les gens à essayer de travailler et d’identifier le plus tôt possible ce qui les intéressent et d’essayer orienter leurs choix de carrière vers ces domaines. C’est idéaliste, ok. Ce n’est pas facile. Avoir l’intention c’est facile, le faire c’est dur. Il faut aussi de la réussite, avoir les bonnes rencontres… c’est une philosophie de vie que je m’applique et qui fonctionne pour moi »


Le départ en Suisse : European Athletics puis l’UEFA
En Mars 2006, Jérôme Parmentier prend la direction de la Suisse, à Lausanne. Il rejoint la Fédération Européenne d’Athlétisme (European Athletics). Pendant 5 ans, il s’occupe de la gestion et l’organisation des différentes compétitions, combiné à la gestion des droits TV.
« A travers ce job, je gère les aspects opérationnels, le transport, l’hébergement, la nourriture pour les athlètes mais aussi les aspects TV. A quel endroit mettre les caméras, la production, les panneaux publicitaires.. en plus de faire les deals commerciaux sur la partie média »
Une expérience mixant « évènementiel sportif » et « vente » qui a permis à Jérôme de prendre conscience de son très grand intérêt dans la gestion des droits médias, ce qui le pousse à rejoindre l’UEFA avec l’opportunité de travailler sur l’UEFA Euro 2012.
« Travailler avec les plus gros groupes médias m’attirent. En parallèle, l’UEFA, c’est une maison qui possèdent des évènements de grande qualité. On est sur des standards très hauts.
Pendant cette période, je comprends le raisonnement des investissements des TV dans les droits médias. Ca me donne la technicité de l’exploitation des droits TV, un apprentissage technique qui me sert encore aujourd’hui. Un conseil que je donne, faite de l’account management dans les sociétés, plongez-vous dans des contrats de 200 pages, lisez-les et vous allez apprendre beaucoup de choses ! »
L’aventure CIO et les Jeux Olympiques : son métier depuis 10 ans
En mars 2016, Jérôme Parmentier prolonge son aventure en Suisse en rejoignant le Comité International Olympique (CIO).
« Je répond à une offre pour travailler dans la vente de droits médias. Je tente ma chance. Je rencontre Anne-Sophie Voumard qui me recrute et qui est toujours ma responsable aujourd’hui. Ensemble, depuis 10 ans, nous distribuons et nous vendons les droits des Jeux Olympiques avec beaucoup de passion ! »
En rejoignant le CIO, Jérôme Parmentier travaille pour l’un des plus gros évènements sportifs mondial.
« Ma responsabilité, c’est la commercialisation de tout ce qui touche aux images des JO, les droits en direct comme France TV en France, mais aussi les droits d’archives pour des documentaires ou des publicités ou tout ce qui va être les droits pour YouTube, Meta, TikTok… »
Une branche stratégique pour le Comité International Olympique (CIO) puisque les droits médias représentent 55% des revenus de l’institution sur le cycle 2021-2024 qui se sont élevés à 7,7 milliards de dollars. Pour rappel, le CIO est une organisation à but non lucratif qui utilise les revenus générés par les Jeux Olympiques pour soutenir les athlètes et développer le sport mondial en redistribuant 90 % des revenus générés.
« Je pense que les droits médias resteront une part importante du financement des organisations sportives dans le futur. Ces revenus importants viennent pour une raison. Il y a des bons vendeurs mais il y a surtout des bons produits. Le succès de la distribution des droits médias des JO vient du fait que l’on a un produit qui fonctionne parce que le mouvement s’en occupe bien !
Le produit est rentable pour les télévisions. Les investissements sont faits pour être rentabilisés. Il y a une évolution du modèle avec une digitalisation de l’industrie, avec de nouvelles opportunités, de nouveau acteurs. Aujourd’hui, notre challenge est d’être présents partout. Avant, on avait une chaine linéaire et on consommait tous au même endroit. Aujourd’hui, on se doit d’adapter notre offre pour toutes les plateformes, Netflix, avec un docu, TikTok et des contenus courts,… adapter notre offre de façon à ce que le produit soit attractif pour tout le monde. »
Des droits TV difficilement rentabilisés par les diffuseurs ?
Face à l’inflation des droits TV sportifs et la crise actuelle traversée en France par la Ligue 1, de nombreux acteurs et observateurs rappellent la difficulté pour les diffuseurs de rentabiliser l’achat de droits. Un avis pas forcément partagé par le CIO.
« Mon avis c’est que les chaines, dans l’ensemble, sont gérées pas des gens compétents et donc il n’y a pas d’investissement à perte ad vitam aeternam » explique Jérôme Parmentier. « Les résultats varient en fonction des pays mais on sait que les droits ont un effet indirect. Si ces chaines continuent d’acheter, c’est que ca fonctionne pour leur société. Etre diffuseur Olympique c’est un positionnement, un choix. Il y a aussi un positionnement de marque, on se promeut diffuseur olympique. C’est flatteur. Quand un client veut devenir une partie de ce que nous sommes, c’est qu’on a réussi et que le produit aide d’autres sociétés à se positionner comme elles le souhaitent ».

Les autres principaux thèmes du podcast
Dans la suite du podcast, Jérôme Parmentier revient également sur les principaux chiffres marquants des Jeux Olympiques, notamment en termes d’audiences.
« Les JO de Paris 2024, c’est 5 milliards de personnes qui ont interagi d’une manière ou d’une autre avec les Jeux Olympiques. C’est énorme. L’engagement a aussi été important. Sur des JO d’été, c’est 400 000 milliards. »
Enfin, on aborde également l’utilisation des images et vidéos des JO par les athlètes eux-mêmes pendant les JO. Il s’agit d’« un exercice d’équilibre », la singularité du sport qui continue à « sauver » les audiences en direct des chaines linéaires, le « rapport de force » entre les diffuseurs et le CIO autour de la programmation ou encore le fonctionnement d’OBS (Olympic Broadcast Services) et la particularité des Jeux Olympiques qui n’affichent pas de sponsors (ou très peu) autour des terrains et des pistes pendant les diffusions !
NBC X Jeux Olympiques : Coulisses d’un contrat majeur des droits TV !
Diffuseur historique des Jeux Olympiques aux Etats-Unis, NBC a signé en 2025 un nouveau contrat de diffusion avec le Comité International Olympique. De 2033 à 2036, il s’aigt d’un montant de 3 milliards de dollars. Une négociation de contrat à laquelle Jérôme Parmentier a participé. Sur la période 2021-2032, le deal était de 7,65 milliards de dollars plus une prime à la signature de 100M$.
« C’est un partenariat très très important pour le CIO. Au-delà des aspects financiers, on recherche des partenaires qui embrassent l’évènement dans son ensemble ! C’est un partenaire qui est prêt à mettre une grosse partie des ressources qu’elle possède dans la diffusion des Jeux. Après l’acquisition des droits, Il faut diffuser, payer les opérations, créer des studios, des programmes, allez chercher des Snoop Dogg ou autre… Ce sont des investissements en plus pour faire vivre l’évènement ! C’est un partenaire de longue date, qu’on a étendu jusqu’en 2036, le contrat le plus long à ce jour avec le CIO dont nous sommes très fiers. C’est un investissement qui fonctionne pour eux. C’est un groupe commercial »

Ses conseils aux futurs professionnels du sport business
En fin d’épisode, c’est Tom Cabanel, étudiant sur le campus de Lille, qui prend le relais. Il a préparé son interview à notre invité. Et il a quelques questions supplémentaires :
Si vous étiez étudiant en 2026, que feriez-vous ?
Je ne prendrais pas un choix de carrière différent mais peut être que dans la formation et le réseautage il y aurait une largeur qui n’existait pas. Si je devais trouver des mentors, j’élargirai mes échanges au-delà du sport comme Open AI, ils auront une stratégie sport,… les opportunités commerciales vont venir de là aussi.
Vous avez précisé en début de podcast que « les carrières sont trop longues pour faire quelque chose qui ne nous passionne pas ! », pouvez-vous détailler un peu plus ?
Je dis souvent à mes enfants que j’ai un « hobby payé » en poussant le trait… Mais je pense qu’il faut vraiment identifier ce qui nous transcende et passionne dans la vie et dans un métier. Si on s’ennuie dans son travail, et qu’on doit travailler jusqu’à 70 ans… c’est long ! Alors que si on s’amuse, ça passe plus vite, c’est comme lorsqu’on fait du sport, on ne voit pas le temps passer.
J’encourage vraiment les gens à essayer de travailler et d’identifier le plus tôt possible ce qui les intéressent et d’essayer d’orienter leurs choix de carrière vers ces domaines. C’est idéaliste, ok. Ce n’est pas facile. Avoir l’intention c’est facile, le faire c’est dur. Il faut aussi de la réussite, avoir les bonnes rencontres… c’est une philosophie de vie que je m’applique et qui fonctionne pour moi »
Que regardez-vous chez candidat lors d’un recrutement ?
L’attrait pour la position. On doit sentir un vrai intérêt pour le métier, une curiosité, que c’est quelqu’un qui respire déjà le métier, qui a les idées, l’attitude et évidemment le cursus.
La question rituelle du podcast EXTRA TIME, comment définissez-vous les Jeux Olympiques en un seul mot ?
MAGNIFIQUE !
Ca fait 20 ans que je travaille dans ce métier. J’ai encore les larmes quand il y a un hymne national. C’est comme ça, c’est en moi ! Un athlète qui se transcende pour achever quelque chose, pour son pays, il n’y a rien de plus pur… Avoir la chance de voir ça et en faire partie, on fait partie des privilégiés. Ca c’est plus fort que tout. Dans 20 ans, 30 ans, 50 ans, il y aura toujours les JO, des hymnes nationaux et ce sera toujours aussi magnifique. Notre présidente dit souvent qu’il faut « dépersonnifier » l’appartenance au mouvement olympique. Personne ne les possède. On est là de manière passagère pour les servir. C’est ça qui crée la beauté de la chose.
